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23 juillet 2014

Journal de bord #6 : mon potiquet

Oyé! Oyé! 

❢ Il y a un peu plus d'un mois, je suis tombée sur un article chez Bouchon des Bois qui m'a littéralement scotchée à propos de la confection d'une book jar. En 30 secondes je suis devenue une furie et il fallait absolument que je me procure un nouveau pot -tous les autres étant déjà utilisés pour la conservation des pâtes alimentaires.


Mais qu'est-ce donc, que tu vas me demander!

Et bon, même si tu le demandes pas, je vais le dire quand même...
❢ Il s'agit d'un bocal, un récipient, un pot contenant plein de petits papiers. Sur chaque bout de papier est inscrit le titre d'un livre de la Pile à Lire. Le but du jeu est de tirer au hasard sa prochaine lecture- et par la même occasion faire descendre l'infâme Pile à Lire. Interdiction de se défiler! Chaque livre tiré devra être lu : interdiction de replonger sa main pour en tirer un autre.

❢ Contrairement à Bouchon, je n'ai pas "varié" les plaisirs. Je me suis juste limitée aux titres de ma PAL, ce qui était déjà pas mal. Evidemment, tout exotisme est possible : mettre le nom d'auteurs à découvrir, des titres de sa wishlist pour pouvoir craquer en librairie, des défis -exemple : lire un roman du XIXè siècle- ou encore mettre sa PAL numérique. Bref, les possibilités sont infinies.


Un travail de titan

❢ Obèse de la Pile à Lire-453 me dit godreads- je me voyais mal commencer à écrire chaque titre à la main... J'ai donc imprimé la liste des livres to read, et je me suis armée d'une bonne paire de ciseaux. Trois-quart d'heure plus tard, j'avais une ampoule à la main, mais j'étais hyper-contente!! Me voilà comme un petit chat sur un skate-board lancé à toute vitesse dans une rue en pente-wais c'est très imagé- à faire des bonds et à pousser des couinements devant ma book jar.




Chance au tirage?

❢ Enchaînant mes défis ValériAcr0 de juin et de juillet, entre autres, voilà seulement que je tire ma première lecture surprise. Hipeee! Je passe sur le fait que j'ai touillé pendant 5 bonnes minutes, en retirant ma main 12 fois et couinant à nouveau. Une vieille réminiscence me rappelle à chaque fois que c'est en tirant des petits papiers que j'ai loupé mon exam de philo en première candi-Argh.
Bref, ma prochaine lecture est...



Expo 58 de Jonathan Coe

❢ En plus du titre du livre et de l'auteur, j'avais ajouté le nombre de pages, ainsi que la date d'entrée dans ma Pile à Lire. Premier livre sorti de ma Book-Jar aka mon potiquet, et premier livre de Jonathan Coe que je vais lire. Un titre qui n'aura pas fait long-feu dans ma PAL. J'espère qu'il va me plaire!

❢ J'ose espérer vous inspirer comme je l'ai été avec l'article de Bouchon. N'hésitez pas à laisser un postillon ici en bas ou.... tadadadada.... sur la page Facebook du Marque-Ta-Page-wais wais, j'ai craqué. A bientôt!!

11 juillet 2014

Rien n'est trop beau - Rona Jaffe


Titre : Rien n'est trop beau
Auteur : Rona Jaffe
Publication : 1958
Edition : Août 2012
Le Livre de Poche
672 pages







❢ Lu en janvier, je m'en vais fouiller ma mémoire -appelez un archéologue! Vite!- pour dire quelques mots sur un roman qui m'a vraiment beaucoup plu. Rien n'est trop beau, reflet de quatre femmes américaines, âgées de moins de 30 ans. Une immersion dans le New-York des années 50. Nous vous remercions de faire le voyage avec notre compagnie.


Vous prendrez bien un petit résumé avec votre thé?

❢ New-York, début des années 50, Caroline Bender se fait embaucher dans une maison d'édition. A cette époque, nombreuses sont les jeunes femmes prenant un travail de dactylo en attendant le "grand jour". Elles deviendront par la suite de "bonnes petites femmes d'intérieur couvrant leur mari et leurs enfants des meilleurs intentions du monde". Mais pas Caroline. Essuyant une déception amoureuse, celle-ci relègue quelque peu sa vie sentimentale pour se consacrer à son travail et son ambition de gravir les échelons de cette boîte. Caroline va faire la rencontre d'autres jeunes femmes, avec des ambitions bien différentes : Mary-Agnès, obnubilée par les préparatifs de son mariage; April, jeune et naïve provinciale aspirant à rencontrer le prince charmant; Barbara, mère célibataire, divorcée, qui se bat pour nourrir sa fille et sa mère; Gregg et ses rêves de gloire.
Chacune, à son niveau, se bat pour se faire sa place dans un monde particulièrement dominé par les hommes.

Et un petit morceau de mon avis pour tremper dedans?

❢ Comme bien souvent, la couverture de ce livre a joué de son pouvoir d'attraction sur moi. Et j'ai bien fait de laisser la tentation me gagner. Ecrit en 1958, ce livre est né de l'expérience vécue par Rona Jaffe, son auteur. Ce qui ne gâche rien. Avec la série Mad men -shame on me, que je n'ai pas encore vue- il semblerait qu'il y ait un certain regain d'intérêt pour les années 50. Loin de notre époque du "girl power", se plonger dans une période où la femme se sent toujours totalement redevable et fidèle à son mari a quelque chose  de "rafraichissant". Malgré cette dévotion, on sent déjà à travers les pages de ce récit, une certaine volonté d'émancipation et d'égalité homme/femme.

❢ J'ai adoré découvrir le destin de ces femmes dont les aspirations étaient fort variables. J'ai souri face à la naïveté de certaines et leur attente du prince charmant. On sent bien la pression sociale qui impose à toute femme qui se respecte de trouver mari et de le soutenir au fil des jours, "jusqu'à ce que la mort vous sépare". J'ai été agacée par celles qui ne vivaient QUE pour leur mariage et la future vie de famille. J'ai été émue par ces jeunes femmes totalement perdues parce que leur vie ne collait pas à l'image idéale et respectable que la société leur dictait, mais qui se battait tous les jours pour la rendre meilleure et s'imposer selon leurs propres idées et leurs ambitions. Je me suis attachée à chacune d'entre-elles et j'ai vibré tout au long de leurs parcours. Bref, ce roman m'a procuré de nombreuses émotions pendant ma lecture.

❢ Loin des romans "chick'lit" contemporains, Rona Jaffe nous offre une critique de la société américaine des années 50 qu'elle a vécu. Son style est frais et se déguste comme un cocktail sur une terrasse ensoleillée, malgré l'amertume ressentie face à certaines situations. Le ton léger contraste avec les drama's auxquels les héroïnes doivent faire face. Elles plient mais ne rompent pas.


❢ En bref, avec son Rien n'est trop beau, Rona Jaffe m'a emportée dans un voyage espace-temps très agréable, dans une période pré-libération de la femme. Elle décrit avec légèreté les étapes dramatiques que les héroïnes traversent et qui construisent petit à petit leur personnalité. Une légèreté qui n'enlève rien au caractère grave de certains évènements vécus.
Ce roman fait partie des livres que j'ai eu du mal à refermer et qui laisse une impression de manque une fois terminé. Happée par ma lecture, j'avais l'impression d'évoluer aux côtés de ces jeunes femmes, d'être assise dans un coin à les observer. Un roman pas tout à fait facile, un style frais, honnête et juste. Un auteur à découvrir à nouveau. Née à New-York en 1931, Rona Jaffe est décédée en 2005 à Londres.

L'avis de Manu et de Cynthia.


09 juillet 2014

Trouver une victime - Ross MacDonald



TITRE : Trouver une victime
AUTEUR : Ross MacDonald
Edition : Gallmeister - Coll. TOTEM
4 juin 2014 - 1ère édition : 1954
273 pages









❢ Ross MacDonald est né en 1915 en Californie. Il y décèdera en 1983, à l'âge de 67 ans. Auteur assez prolifique, il publie 4 romans à partir de 1944, sous son vrai nom, Kenneth Millar. C'est en 1949 qu'il début la série Lew Archer qui comptera pas moins de 18 volumes. Son oeuvre ne se limite pas à ça, mais je ne vais pas refaire sa page Wikipédia ici :-).

Vous prendrez bien un petit résumé avec votre thé?


❢ Alors qu'il traverse la ville de Las Cruces, Nouveau Mexique, Lew Archer ramasse sur le bord de la route un auto-stoppeur blessé par balle, qui ne tardera pas à décéder dès son arrivée à l'hôpital. Par la force des choses, il se retrouve malgré lui coincé là-bas dans l'attente de l'ouverture de l'enquête. La victime, Tony Acquista, travaillait comme chauffeur de camion pour l'entreprise Meyer. Camion et chargement ont bien évidemment disparu. Suite à une discussion avec le chef de l'entreprise, la nature de Lew prend largement le dessus : le détective privé ne peut en rester là. Il décide de mettre son nez dans cette histoire et de mener son enquête. Une initiative qui va souffler la poussière sur de vieilles histoires de famille. Juste assez pour lui attirer quelques ennuis.

❢ Trouver une victime est le cinquième tome ayant pour héros le détective privé Lew Archer. Un livre qui peut se lire indépendamment, mais qui donne envie de se taper tous les autres, et dans l'ordre :
  1. Cible mouvante
  2. Noyade en eau douce
  3. A chacun sa mort
  4. Le sourire d'ivoire

Et voici mon avis pour tremper dedans!


❢ C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai découvert cette série noire mettant en scène le détective Lew Archer. J'avais entendu parler de cet auteur lors de la réédition du premier tome "Cible mouvante". Des romans publiés en français depuis 1953, mais dont la traduction laissait à désirer. En 2012, les éditions Gallmeister décident d'offrir une traduction fidèle à l'original. Une démarche qui rend honneur au talent de MacDonald, considéré comme l'un des plus grands écrivains de roman noir. Qu'on se le dise!

❢ Trouver une victime m'a plongée dès les premières pages dans l'ambiance du roman noir (ou du moins dans l'idée que j'ai du roman noir). Une route déserte, le Nouveau-Mexique, un zig exsangue sur le bas-côté, un détective qui décide de mettre son nez dans l'affaire... Bref déjà quelques éléments plutôt alléchants. L'intrigue se met en place très rapidement. Du coup, j'ai été immédiatement immergée dans le récit avec l'envie d'en découvrir à chaque fois plus.

❢ A la base, l'intrigue paraît plutôt simple, mais cela va très vite changer. De fait, l'image du "coupable évident" prend un coup dans l'aile dès que Lew Archer soulève quelques grains de poussière dans les histoires de famille des divers protagonistes. Les personnages se multiplient, les suspects aussi. Au fur et à mesure que se déroule l'histoire, les rebondissements s'enchaînent, détournant le lecteur de toutes certitudes qu'il avait pu se construire. Le récit est écrit en "je" et nous est relaté sous la voix de Lew Archer. Le point de vue n'est pas omniscient et on va découvrir petit à petit, en même temps que lui, ce que nous réserve cette aventure. J'ai trouvé le style de l'auteur assez "léger". Pas de phrases longues et lourdes. Il arrive à nous transmettre une vision fidèle du décor à travers les mots et les descriptions d'Archer, et ce d'une manière fluide et agréable à lire.

❢ Au niveau des personnages, MacDonald déploie une belle brochette variée. Mais surtout pas de manichéisme ici! Les différentes personnalités sont complexes, travaillées. C'est franchement difficile de se tenir à la première idée que l'on s'est fait de l'un ou de l'autre. Ce qui, je trouve, est d'un grand intérêt. L'auteur déstabilise son lecteur avec autant de revirements de situation que de comportement. Rien n'est gagné. A nouveau, comme pour l'intrigue, nos certitudes sont à revoir. Je me suis vraiment attachée au personnage de Lew Archer. N'ayant pas lu les 4 premiers tomes de la série, je ne connais pas encore son "passé", son histoire, mais j'ai franchement envie de la découvrir. Un attachement que j'ai également ressenti envers les autres personnages. Intrigants ou rebutants, le croisement de tous donne un cocktail détonnant.

❢ Ce que j'ai beaucoup apprécié aussi dans ce polar, c'est d'être transportée dans une autre époque- livre publié en 1954- sans que le ton ou le style ne s'en ressentent (c'est quoi le ton des années '50, en fait...), d'ailleurs, à maintes reprises j'oubliais que l'on était dans les années 50. C'est plutôt grâce au cadre que l'on en prend conscience : objets du quotidien, attitudes et comportements, etc. Mais il y avait aussi tout le côté sombre et brumeux qui était fort plaisant. Nombre des temps forts se déroulent la nuit, ou à la tombée du jour. L'environnement semble plutôt désertique, et dès que l'on rentre dans la ville, tout reste flou. Tout le monde se connaît et compte son lot de petits secrets, mais ce monde n'a pas envie que Lew en apprenne de trop. Beaucoup de non-dits et de vices cachés en gros.


❢ En bref, je suis totalement enchantée de découvrir cette série grâce à cette nouvelle traduction -paraît que la première n'était vraiment pas bonne et ne rendait pas honneur au texte de MacDonald- ainsi qu'un auteur de roman noir bien "coté". Sans chichis et sans fioritures, MacDonald transporte le lecteur dans une intrigue bien ficelée, sur un ton plaisant et un style agréable à lire. Une intrigue qui fait travailler les méninges et qui donne naissance à des relations complexes entre les protagonistes. Le passé trouble plane. J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'environnement dans lequel l'auteur plaçait son histoire. Un polar qui se lit vite, qui se dévore même quasi d'une traite.

❢ Livre des premières. Avec Trouver une victime, je découvre la plume de Ross MacDonald, et en même temps une collection, Totem de Gallmeister dont les couvertures me faisaient de l'oeil déjà depuis un bout de temps. Je suis assez fan du "contenant" (le format, le graphisme, la police, toussa, toussa) de cette maison d'édition, bien vite que j'en relise un autre.
Je remercie au passage les éditions Gallmeister et Babélio (via son opération Masse Critique) d'avoir facilité cette découverte.

04 juillet 2014

Je suis une vraie fille - Marion Malabre & Lulu Inthesky


TITRE : Je suis une vraie fille
AUTEURS : Marion Malabre & Lulu Inthesky
Editions : Jungle!
28 mai 2014
88 pages




❢ "Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations ayant existés ne saurait être que fortuite." Quoi que...
Le quatrième de couv' donne le ton de ce que l'on va trouver à l'intérieur de ce bouquin, à savoir un bon bol d'humour!

❢ Assez fan des projets de ces illustratrices "girlies", j'ai été vite attirée par cette nouvelle publication. Marion Malabre, je ne connaissais point. Lulu Inthesky, il me semble l'avoir vue passer quelque part. La première (Marion) est styliste et tient un blog de mode. Il y a quelques années, elle a décidé de mettre en image sa vie et ses aventures de jeune trentenaire. Elle a donc fait appel à la seconde (Lulu) pour illustrer ses états d'âmes.

❢ Au niveau du contenu, rien de bien neuf à l'horizon. On se retrouve à nouveau face à toutes ces situations cocasses qui arrivent souvent aux filles et qui font toujours rire. D'habitude, je déteste faire des généralités, mais il faut bien l'avouer qu'on s'identifie à ce genre de "moments épiques" avec beaucoup de facilité -même quand on n'est pas la plus girly des gonzesses.
Du point de vue de la forme, cela se présente en majeure partie "une page, une illustration" -voire parfois une illustration sur une double page. Chaque vignette est chapeautée par un titre et soulignée par une petite phrase. Du coup, le bouquin se feuillette assez rapidement.

❢ J'ai passé un agréable moment à lire ce bouquin et à découvrir l'univers de Marion Malabre et les illustrations de Lulu Inthesky. Les vignettes sont sympathiques, les illustrations sont chouettes, et je serais sans doute curieuse si elles ressortent un autre tome. J'ai pas mal souri à certains moments, par contre je n'ai pas eu de "grands éclats" de rire comme j'ai déjà pu en avoir avec ce genre de lecture- ce qui explique que j'ai mis un 2,5 rocks et pas un 3 rocks en fait- Néanmoins, cela reste un divertissement rafraichissant et je salue cette manière de mettre en image(s) ces petits évènements du quotidien qui rythment nos vies. Un livre qui ne me laissera pas un souvenir impérissable, mais que je vais laisser traîner à la maison pour les copines qui sont de passage.

❢ J'ai eu la possibilité de découvrir ce petit coin de girly-tude grâce à l'opération Masse Critique de Babélio et aux éditions Jungle! Merci, merci!


03 juillet 2014

Il faut qu'on parle de Kevin - Lionel Shriver


TITRE : Il faut qu'on parle de Kevin
AUTEUR : Lionel Shriver
Editions : J'ai Lu
16 avril 2008
606 pages







❢ Dans le cadre du défi ValériAcr0, Acr0 a été me pêcher Il faut qu'on parle de Kevin de Lionel Shriver, pour la sélection de juin 2014. Tout d'abord parce qu'elle avait vu l'adaptation ciné, et que bon, elle a bien kiffé. Mais aussi, parce qu'elle voulait fêter dignement la saint Kevin (le 3 juin). J'ai accueilli le défi avec Ô joie! étant donné que j'avais envie de la sortir de ma Pile A Lire- entré en juin 2012- depuis quelques semaines et que je n'avais pas encore réussi. On peut dire qu'elle a bien tapé.

Un nuage de résumé dans votre thé?

❢ A la veille de ses 16 ans, Kevin Khatchadourian se rend au lycée et assassine plusieurs de ses "camarades" et professeurs. 1 an après les faits, Eva Khatchadourian, sa mère, entretient une correspondance avec Franklin, le père de Kevin. A travers ces lettres, elle revient sur les 16 années précédant cet évènement qui a changé leur vie à chacun.

Oups, j'ai laissé glisser mon avis dans votre tasse...

❢ Je me souviens d'avoir été tentée par ce livre lors de la sortie de son adaptation au cinéma. Le sujet était assez lourd, mais j'avais vraiment envie de savoir comment l'auteur allait interpréter un tel acte de violence. Lors du premier feuilletage, j'avais repéré que le récit prenait la forme d'une correspondance, ce qui m'enchantait déjà pas mal. C'est en entamant ma lecture que j'ai pris conscience qu'il s'agissait de lettres envoyées par Eva à son mari, mais sans réciprocité.

Note de bas de page : durant ma lecture, je me disait que ce "Lionel Shriver "était quand même balaise pour faire passer les "sensations" d'une femme de cette manière. Lionel est en fait une Madame.

❢ J'ai été totalement happée par ce roman. Au niveau du style, j'ai beaucoup apprécié le fait qu'il soit basé sur une correspondance. Je trouve que ça apporte un côté "vivant" et immédiat, comme si on découvrait le courrier en même temps que le destinataire. Le fait que la narratrice interrompe ses écrits selon ses déplacements (elle commence dans un café, et finit chez elle par exemple), apporte également ce sentiment de "voyage". De même, la manière de s'exprimer dans une lettre est différente de celle utilisée lorsqu'on relate une histoire. Eva revient sur toutes les années qui ont construit leur vie commune, de leur rencontre jusqu'au drame. A maintes reprises elle interpelle son mari sur certains événements, et elle semble également se montrer plus "confiante" -dans le sens où elle se confie plus- elle lui dévoile plus ses sentiments et tout ce qu'elle ne lui a pas dit avant. A travers ces lettres, Eva tente de répondre à la grande question : "Pourquoi?"; et cela passe par une profonde introspection. Avec le recul des années, elle va procéder avec minutie à l'analyse des comportements et attitudes qu'elle a eus et développés avec son fils; mais aussi sur leurs interactions, et celles que Kevin entretenait avec son père. Tout ça pour tenter de comprendre.


❢ A la base, j'imaginais que je lirais ce livre plutôt facilement. Tût-tût-tût! Que nenni! Une fois plongée dedans, oui on avance, mais le texte est tout sauf facile à lire. Alors attention, le style n'est pas lourd et ni pompeux, loin de là. Mais le contenu est tellement dur qu'il faut prendre le temps de tout bien digérer. Le texte se lit agréablement, c'est fluide et dynamique, mais il demande une certaine implication. Le lecteur se retrouve face à la mise à nu de cette femme qui doit faire face à une situation atroce et qui délivre ses sentiments les plus intimes. Bref, c'est beau, c'est prenant et c'est assez bouleversant.

❢ Se plonger dans Il faut qu'on parle de Kevin, c'est se confronter à un sentiment de malaise, désagréable... une furieuse envie de hurler à Eva "pourquoi tu laisses ça comme ça?!?!" - je ne vais pas trop en dire pour ne pas spoiler. Bon nombre de situations sont insupportables et j'avais envie d'interférer pour faire changer les choses. En tant que spectateur, on assiste impuissant à la vie d'Eva et de sa famille. Evidemment, à la lecture, nous bénéficions du recul porté par la narratrice sur sa propre vie et donc c'est facile de se dire "pourquoi laisser ça comme ça". Une fois la tête dans le guidon, opter pour d'autres réactions est toujours plus délicat.

❢ J'ai vraiment apprécié suivre et apprendre à connaître cette mère, avec "ses qualités et ses défauts"-parce que finalement que sont qualités et défauts, très subjectifs tout ça. Assez brute, elle porte un regard dur sur elle-même. On ressent bien cette culpabilité qui la ronge. Tout au long de l'histoire, un sentiment de révolte croissant m'habitait. Plus je m'attachait à Eva, plus j'avais mal pour elle. On fait également connaissance avec Kevin, cet enfant terriblement énigmatique et troublant; Franklin, le père. A travers les 600 pages, l'auteur décortique le caractère de ces trois personnages principaux à travers la voix de Eva. Mais on fait aussi la connaissance d'autres personnages plus éloignés du cercle familial mais dont l'existence a son importance dans cette histoire. Au final, Shriver dépeint le portrait d'une vie qui avait tout pour être "normale"... à l'origine.


❢ En bref, Il faut qu'on parle de Kevin est un coup de coeur. Passionnée par le récit abrupte, froid que la mère nous livre à travers sa correspondance avec son mari, j'ai pris beaucoup de plaisir, même s'il était teinté d'un sentiment de malaise, à lire ce roman. Les mots sont durs, les phrases sont remplies d'émotion, le ton reflète la personnalité de la narratrice. Mais en même temps, l'auteur fait preuve d'une certaine économie de mots : pas de surplus, pas de chichis ou de descriptions inutiles, le texte est cru et va à l'essentiel. Au delà de la violence physique que Kevin a infligé à ses condisciples, on découvre qu'il s'agit là d'un point d'orgue à toute une violence psychologique vécue par Eva. L'histoire prend place au coeur d'une famille aisée, bourgeoise et témoigne que "les tueries" ne sont pas que l'apanage des gangs ou autres milieux défavorisés. Tout au long du récit, on tente de décrypter "pourquoi", mais est-ce vraiment là le point ?
Avec une histoire sombre et pénible, ce livre est un réel coup de poing dans la figure qui ne laisse pas indifférent. Attention, coup de coeur en puissance!

❢ Il faut qu'on parle de Kevin de Lionel Shriver était mon défi du mois de juin. Merci Acr0 de m'avoir précipitée dans cette aventure!
Un livre tellement prenant que j'ai même réussi à me plonger dedans pendant un festival de Métal, sous tente et sans boule Quiès.

L'avis de Madame Olivia Lanchois.